Comment décider sans tout peser ?

... Ou comment décider quand tout peser ne marche pas ?

Nous sommes soumis à des dizaines de décisions à prendre chaque jour. Cela va des plus petits choix qui émaillent notre quotidien (comment je m'habille, quel dessert je prends, à quel email je réponds en priorité...) aux grandes décisions qui se présentent aux carrefours de nos vies : s'engager dans une relation, changer de travail, avoir un enfant... Et notre époque est propice à la recrudescence de ces moments où nous sommes confrontés à l'embarras du choix. Car le choix est bien source d'embarras ! L'avalanche d'informations, de produits de consommation, de possibilités qui s'offrent à nous nous mettent face à de multiples occasions de douter, avant de décider. Ou de ne pas décider, et ce sont alors les autres, ou la vie, qui décident pour nous. Si nous ne nous emparons pas de notre pouvoir de décision, notre vie se déroule comme une suite d'occasions manquées de prendre les rênes, et de l'orienter. C'est ainsi que nous avons le sentiment, parfois, qu'elle nous file entre les doigts.

Alors, comment dire non à la tergiversation ?

 

 

Décider malgré le doute

 

En bonne perfectionniste, j'ai longtemps été stressée à l'idée de ne pas prendre les "bonnes" décisions. Quand on a un désir irrépressible de vouloir tout contrôler, et de toujours viser le top du top, la perspective de ne pas "bien" décider est assez insupportable. Cette angoisse entraîne tes tergiversations sans fin, qui se portent même sur les choix les plus anodins, comme celui de la tarte au chocolat ou de la pana cotta au restaurant. Et les occasions de prendre des décisions étant légion, notre esprit est vite encombré par une longue liste de questions en suspens, comme si notre processeur interne allait finir par trouver les clés. On pèse le pour et le contre, on analyse, on décortique.... J'en ai fait des tableaux à deux colonnes : pour / contre... oui / non... pour finalement rarement trouver satisfaction dans ce processus purement analytique. Quel poids donner à chaque argument ? Ils n'ont pas tous la même valeur. Alors, on tourne en rond, avec le sentiment de manquer d'éléments tangibles pour décider "en connaissance de cause". Mais justement, on ne peut pas connaître l'ensemble de la cause ! Nous nous convainquons alors que nous manquons d'informations pour camoufler un autre manque : le manque de confiance. Nous manquons de confiance en nous pour avancer malgré le doute, et de confiance en la vie, pour choisir d'embrasser l'incertitude.

 

En explorant ce sujet, je me suis interrogée sur la différence entre décider et choisir, avec ce sentiment diffus que finalement, choisir est plus facile. En effet, choisir c'est s'avancer de manière rationnelle, avec une part d'incertitude réduite à la portion congrue. Notre cerveau logique, le cerveau gauche, peut alors nous servir pour nous indiquer la direction. Mais décider, c'est plonger dans l'inconnu, en laissant le cerveau gauche en proie à l'impuissance, pour passer les commandes au cerveau droit, siège de l'intuition. Aux sources latines, "decidere" signifie trancher, couper. C'est faire face au doute et trancher le lien qui nous retient d'avancer. Pour illustrer cette distinction entre choix et décision, un exemple : vous souhaitez déménager, et avez établi une liste de critères importants pour votre nouvel appartement. Entre deux appartements, si l'un remplit l'essentiel de vos critères, et l'autre non, alors vous faites un choix, selon la logique, en faveur de celui qui vous satisfait le plus. Imaginons maintenant que les deux appartements remplissent votre cahier des charges. Ils sont tous deux très différents, mais leur singularité porte sur d'autres éléments que vos critères prédéterminés. C'est là que la décision intervient : vous ne savez pas, des questions émergent, le doute vous taraude. Vous aimeriez tant que la décision s'impose. Et elle peut s'imposer, pour peu que vous cessiez de résister à l'incertitude. Cette résistance obscurcit votre capacité de discernement, qui trouve son épanouissement dans l'acceptation.

Ainsi, le doute a beaucoup à nous apprendre.

 

 

Entrer en amitié avec le doute

 

"Votre doute peut devenir une qualité profitable si vous l'éduquez. Un jour viendra où, de destructeur, il deviendra votre meilleur artisan. Peut-être même le plus malin de tous ceux qui construisent votre vie."

Rainer Maria Rilke

 

Le doute, quand il s'insinue et nous taraude, peut être accueilli comme un cadeau pour mieux nous connaître. Quand nous sommes à court d'arguments pour réconforter notre cerveau rationnel, la sagesse peut nous inviter à tendre l'oreille et à nous écouter. Quand nous nous débattons dans les sables mouvants de l'indécision, le sable que nous soulevons trouble l'eau de notre esprit. or, nous avons besoin de clarté pour voir, pour sentir, ce qui est juste et bon pour nous. Le temps est alors venu de s'arrêter, laisser le sable retomber et la clarté apparaître. Qu'a donc à nous dire le doute ? Quelle émotions sont présentes ? Est-ce de l'anxiété, de l'impatience, de la frustration ?... Comment le corps manifeste-t-il ces tensions ? Quelles sont les pensées qui tournent en boucle peut-être alors ? Peut-on voir un sillon d'habitudes se dessiner ? C'est l'occasion d'explorer nos motivations profondes, nos valeurs fondamentales, l'élan qui nous propulse.

 

Nous sommes tiraillés entre ce qui veut nous mettre en mouvement vers l'avant, et ce qui nous retient. Et notre cerveau nous joue des tours. Notre rationalité est en fait limitée par les fameux "biais cognitifs", ces raccourcis mentaux qui nous conduisent à prendre des décisions qui défient la logique, sans en avoir conscience. Ainsi, le biais de confirmation nous pousse à confirmer nos croyances. Et si nous avons commencé à nous orienter vers une décision, nous allons automatiquement enregistrer toutes les informations qui vont dans ce sens, et rejeter les autres. Ou encore, le biais d'ancrage incite votre cerveau à rester "ancré", par exemple, sur un prix d'achat que vous avez décidé, refusant de payer plus, ou moins, même si les arguments sont convaincants. On pourrait encore citer le biais de statu quo, ou celui de l'aversion à la perte. Par exemple, si nous avons déjà engagé beaucoup de temps ou d'argent pour quelque chose, il nous est difficile de décider de renoncer. Si vous attendez le bus pendant quinze minutes, allez-vous continuer à attendre, espérant qu'il arrive d'un instant à l'autre, ou prendre le métro, anticipant le fait que peut-être il y a un problème et que l'attente se prolongera encore longtemps ? 

 

Nous voyons là combien nous nous leurrons, quand nous croyons décider de manière logique, en nous appuyant sur les super-pouvoirs de notre cerveau rationnel. C'est pourquoi une autre voie semble plus efficiente, celle qui justement déconnecte ce cerveau-là, pour nous remettre vraiment aux commandes. Dans ces moments de pause lucide, nous pouvons peut-être aussi entrevoir la place de l'ego, qui veut protéger notre image, notre statut, nos routines. La méditation offre ce temps de recul, de hauteur, pour mettre de la lumière sur les ombres dans lesquelles se tapit le doute. Le doute est le fruit de l'incertitude. Si nous changeons notre relation avec l'incertitude, vers un rapport plus apaisé, alors le doute se dissoudra doucement.

 

En décidant en conscience, nous grandissons en confiance.

 

 

Décider, c'est accepter

 

L'adage dit que "choisir, c'est renoncer". Je dirais plutôt que "décider, c'est accepter" : accepter la perte de l'option que l'on ne peut pas conserver, et accepter aussi parfois une réorientation radicale. C'est là qu'intervient le fameux "lâcher prise". Imaginez que vous suivez pendant trois ans des études de droit, et vous sentez au fil des années que cette voie ne vous convient pas. Vous ne vous épanouissez pas, alors qu'une vocation de médecin a doucement éclos en vous. Allez-vous poursuivre vos études de droit, ou repartir "de zéro" en commençant des études de médecine ? En économie, on appelle cela le "raisonnement des investissements à fonds perdus". Il est si difficile de lâcher la proie que l'on a poursuivi avec constance pendant longtemps, et de faire face à une forme de vérité. La persévérance est valorisée, et c'est en effet une magnifique vertu. Elle a toutefois ses limites, quand elle nous pousse à nous obstiner vers un objectif qui ne nous rendra pas heureux.

 

Abandonner n'est alors pas un aveu de faiblesse ; c'est au contraire la preuve d'une force. Imaginez que vous donnez toute votre énergie à votre travail, dans une entreprise où vous gravissez les échelons dans l'effort - et sans joie. L'échelle que vous grimpez, si elle n'est pas adossée au bon mur, ne vous procurera jamais l'accomplissement espéré. Pour autant, décider de changer l'échelle de mur nécessite d'accepter de regarder en face ce mur, cause de souffrances, mais aussi sans doute gage de sécurité. Il s'agit alors de reconnaître avec bienveillance que le moment est venu de décider de changer. Le courage est alors notre meilleur ami, car nous aimons notre zone de confort, et en sortir requiert bien des efforts.

 

Il y a de la satisfaction dans l'effort, de la joie dans l'apprentissage, et de l'enthousiasme quand le coeur se met à l'ouvrage.

 

 

 A l'écoute de l'intuition

 

Quand le doute est là, quand l'incertitude nous panique, quand on voudrait surtout rester dans le confort de nos habitudes, quand la raison ne sait plus quelle direction nous indiquer... nous avons là tous les ingrédients pour expérimenter une autre approche. Justement, cet inconfort est une invitation à nous mettre à l'écoute de notre intuition profonde. Cette voix de sagesse est toujours là, à notre disposition. Seulement, dans le tumulte de nos journées, nous ne sommes pas du tout en capacité de l'écouter. Elle est enfouie, comme un trésor qui attend d'être découvert. Quand nous nous offrons le cadeau du silence, nous pouvons alors ajuster notre oreille intérieure, pour nous brancher sur la fréquence de cette radio. Ses bonnes ondes ne demandent qu'à nous guider. Elles se manifestent sous forme d'images, de mots, de sons, de sensations. Lorsque nous nous mettons consciemment à l'écoute de cette voix inconsciente, nous avons accès à une source fidèle et fiable, pour décider. Comment distinguer les messages intuitifs ? Ils sont concis, rapides, fulgurants, évidents. Ils résonnent, mais on ne peut pas les passer par le tamis de la raison.

 

Cette petite voix intérieure est notre plus sage conseillère. Ses messages peuvent parfois nous troubler, nous déstabiliser. Ils vont parfois dans le sens de ce que nous attendions - parfois pas. Nous pouvons poser plusieurs fois la question à notre intuition, face à une décision délicate. Et puis veiller à harmoniser le dialogue entre les deux parties de notre cerveau, en nous rappelant que même si nous nous trompons, c'est ainsi que nous apprenons. Qui peut nous dire que telle décision est "la bonne" ? La vie nous le dira, et encore... comme tout change instant après instant...

 

Et après avoir accepté l'incertitude, apprivoisé la perte, pourrions-nous aller jusqu'à les aimer ? Ces compagnons de route nous invitent à forger notre courage, à exprimer notre audace, à déployer les ailes de notre liberté.

 

Anne-Valérie Rocourt

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