Méditation en entreprise : quelles sont les dérives possibles ?

Tout mouvement qui s'enflamme et suscite l'engouement est susceptible de générer des excès. Et la méditation semble bien devenir un phénomène de mode. On peut s'en réjouir, ou déplorer ce phénomène. On peut être heureux que cette pratique se débarrasse des clichés qui lui collaient à la peau (sectaire, religieuse, baba cool...) et puisse bénéficier au plus grand nombre. On peut aussi, à l'inverse, redouter que la beauté de cet héritage millénaire soit dévoyée par des interprétations et des utilisations qui omettent ses racines. En particulier, lorsque l'on évoque la méditation en entreprise, des boucliers s'élèvent. Alors, pour tenter d'apaiser ces querelles - bien éloignées de l'esprit de la méditation - quelles sont les dérives possibles lors de la mise en place de programmes de méditation en entreprise ? Quels sont les points de vigilance, pour s'assurer que les initiatives ont un impact profond et durable ?

 

 

Le pansement

 

Pourquoi donc cette vogue de la méditation, une pratique vieille de près de deux mille cinq cents ans ? Parce que la méditation nous apparaît, aujourd'hui, comme vraiment utile et nécessaire. Et, en parallèle, le développement des neuroscience et des techniques d'exploration du cerveau a permis de prouver les bienfaits de cet entraînement de l'esprit, dans de nombreux domaines liés à la santé : ralentissement du vieillissement cellulaire, stimulation de l'immunité, modification des circuits neuronaux liés au stress...

 

Dans le monde du travail en particulier, dirigeants et collaborateurs sont soumis à une pression constante, et à une tension latente suscitée par le "trop" : trop d'informations, de sollicitations, de connexions, de tâches à mener en parallèle... trop de changement et d'incertitude aussi. Et ce trop-plein fait souvent face à un grand vide : celui du sens.

 

Si la méditation peut nous aider à "mieux vivre", cela s'applique aussi au travail, où nous passons une grande partie de notre temps. Et c'est là qu'apparaît la première dérive possible : introduire la méditation comme un pansement, pour soigner - ou plutôt masquer - les bobos de l'entreprise. Dans cette optique, on fait du "politiquement correct", en adoptant une approche très superficielle. Puisque la méditation est à la mode, le risque est qu'elle soit vue comme un outil de communication, au service de l'image de l'organisation. On est évidemment bien loin des intentions initiales.

 

Dans cette perspective, un programme de méditation équivaut à une sortie de karting ou quelques massages offerts aux collaborateurs : on tente de stimuler la motivation par des gadgets aux effets évanescents. Evidemment, à intention superficielle, résultats superficiels. On ne peut pas faire semblant de vouloir introduire la méditation en entreprise. Les masques tombent vite, et le pansement ne camouflera pas la plaie bien longtemps.

 

L'utilitarisme

 

La méditation est un art de vivre. Certes, elle s'appuie sur des pratiques, des outils, un entraînement. Néanmoins, un principe essentiel à avoir à l'esprit lorsque l'on s'engage sur ce chemin est qu'il n'y a rien à réussir, rien à atteindre. C'est là un grand paradoxe de la méditation : pas de but, pas de challenge... et pourtant, au gré du chemin, on recueille des bienfaits. Et ces bienfaits sont amplement mis en avant, comme "carottes".

 

Découvrez ici un article sur une étude pointue sur les effets de la méditation en entreprise.

 

On touche là à la deuxième dérive possible : ne s'engager dans la méditation que pour obtenir des résultats, et non dans une intention plus vaste, celle d'instituer un rapport différent à la vie. Ainsi, pour beaucoup, il s'agit d'être moins stressé, plus performant, plus concentré... et on passe ainsi à côté de la beauté du chemin, où les fruits que l'on cueille sont souvent ceux que l'on n'attendait pas. Aussi, les changements qui s'opèrent sont plus profonds, plus amples, et touchent à notre relation avec nous-mêmes, et avec la vie.

 

Il s'agit donc de trouver un juste équilibre entre certaines attentes, que nous pouvons tous avoir, et qui à certains moments permettent de persévérer, tout en cultivant l'ouverture face à tout ce qui peut advenir, avec bienveillance, et patience. Car en attendant certains résultats, on peut vite s'impatienter et tomber dans l'avidité de bénéfices immédiats. Frustration et découragement attendent alors au détour du chemin.

 

En particulier, dans l'entreprise qui attend un "retour sur investissement", il convient de trouver la voie du milieu : celle qui entend et respecte ce besoin, tout en ouvrant le champ vers la perspective plus vaste dans laquelle on se place en s'engageant dans un programme de méditation.

 

 

 

 

L'imposition

 

La perception de la méditation a beaucoup évolué depuis quelques années. Les clichés de méditants en pantalon à fleur mangeant des brins d'herbe dans un ashram, ou de moines bouddhistes enfermés dans leur grotte pendant trois ans, ont cédé la place aux images de dirigeants de start-up vantant les mérites de la pratique et le lien avec leur succès. Pourtant, même si l'engouement récent a atténué bien des préjugés, pour certains il reste des réticences, voire un franc rejet. Certains considèrent que ce n'est pas cohérent avec leurs propres croyances, pour d'autres il y a le poids d'une expérience difficile, d'autres encore partent du principe qu'ils n'y arriveront jamais...

 

Le chemin de chacun doit être respecté. Aussi est-il important de laisser le choix à chacun de participer, ou pas, à un programme de méditation en entreprise. Le processus est engageant personnellement, et il est essentiel que les participants soient tous volontaires. Imposer ces programmes serait vain pour les personnes contraintes, et négatif pour l'ensemble du groupe.

 

Une fois qu'une première initiative est lancée, et que les participants en parlent avec enthousiasme, il n'est pas rare de voir quelques récalcitrants s'engager à leur tour, librement, dans une prochaine vague du programme. La prudence cède alors face aux témoignages des pionniers.

 

 

La sous-estimation de l'impact

 

La première dérive évoquait la tentation d'introduire la méditation comme pansement sur les souffrances des collaborateurs, ou comme outil de communication au service de l'image de l'entreprise. Et c'est bien un risque, notamment avec des sessions courtes, sans suivi, sans volonté réelle d'intégration au quotidien. Autant aller faire du sport à l'heure du déjeuner !

 

Un programme de méditation en entreprise sérieux et bien mené a un impact puissant au coeur de l'organisation. Méditer ne nous amène pas seulement à accepter le stress, la souffrance, les relations toxiques, mais aussi à y répondre avec discernement. Face à certaines absurdités, face à des situations vides de sens, nous sommes mieux à-même de trouver le discernement, le courage et l'énergie pour agir différemment. On comprend dès lors qu'en entrant dans l'entreprise, la méditation peut non seulement "améliorer" des situations, mais aussi les transformer radicalement. Et ce processus peut bouleverser des états bien établis. Les dirigeants, managers, collaborateurs qui s'engagent sur le chemin de la méditation gagneront en concentration, sérénité, créativité... et aussi ils risquent bien de devenir plus lucides, plus exigeants, plus acteurs de leur parcours.

 

Il y a donc une grande méprise, si l'entreprise entend proposer la méditation comme "outil" pour apaiser ses collaborateurs, les endormir face à la pression et stimuler leur énergie. Certes, il y aura sans doute plus de sérénité et de performance, mais aussi plus de discernement et d'implication. Donc plus d'exigence aussi. Ce n'est pas seulement le rapport au stress qui change, mais de manière beaucoup plus vaste : le rapport à la vie ! Et en sous-estimant cet impact, on peut voir des revirements intervenir, des blocages, pour rester à un niveau d'effets dont la superficialité reste confortable.

 

La méditation est une pratique puissamment transformatrice pour les hommes et les femmes, et donc pour l'entreprise aussi. Ce n'est pas un simple gadget pour se détendre, ni une baguette magique pour être plus performant. Et s'il y a bien des points de vigilance lors de la mise en place d'un programme de méditation en entreprise, l'ouverture que j'observe se faire doucement en France est enthousiasmante. 

 

"Rien n'arrête une idée dont le temps est venu".

Victor Hugo

 

Anne-Valérie Rocourt

Méditer & Agir

Mieux me connaître ou me contacter

Découvrir d'autres articles inspirants

 

 

 

Please reload

Articles récents
Please reload

Rejoignez la communauté de femmes inspirées que j'ai créée sur Facebook :

Femmes, vos chemins de traverse au travail

Vous souhaitez recevoir des inspirations, astuces, éclairages ? Je serai ravie de rester en lien avec vous.

Suivez Joyissime sur les réseaux sociaux

  • Facebook Social Icon
  • LinkedIn Social Icon
  • Twitter Social Icon
  • Instagram

©2018 Joyissime - Mentions légales

Je déteste moi aussi recevoir des Spams. Je m'engage à ne pas divulguer vos coordonnées (voir la protection des données).