Confessions d'une méditante imparfaite

Me voici humblement ici, et maintenant une dizaine d'années de méditation au compteur du coeur, un corps qui apprécie l'oreille plus attentive à son écoute, et un esprit un peu moins vagabond. Je ressens de profonds changements (en moi et dans mon attitude face à la vie), et on me dit que je suis plus sereine, apaisée, bienveillante... Et, si cela ne suffisait pas, je suis fort bien informée sur toutes ces études qui n'en finissent pas d'être publiées, attestant des bienfaits de la méditation. Pourtant, j'ai parfois le sentiment d'être une méditante bien imparfaite. Alors, si cette confession peut aider quelques méditants qui se jugent médiocres parmi vous, je pousse volontiers la porte du confessionnal...

 

 

L'entourloupe de la perfection

 

C'est une ex-"Madame Parfaite" qui écrit ici ! Enfin, pour être tout à fait honnête, je devrais plutôt dire : en cours de guérison, ou de sevrage. La poursuite de la perfection est comme une drogue. Oui, la perfection est une addiction. Faire toujours plus, être toujours mieux, c'est tellement excitant. Je me demande même si physiologiquement il n'y aurait pas libération d'endorphines dans cette course-là, comme dans le jogging. Seulement, excitant rime avec épuisant, physiquement, et psychiquement. La quête de ce Graal de la perfection est sans fin. On ne court pas d'un point A à un point B, sur un joli chemin entouré de paysages enchanteurs. On court sur un tapis roulant qui ne mène nulle part, dans une salle de sport bruyante, sombre, à l'air confiné.

 

Même si le constat est affligeant, il n'est pas si simple de sortir du sillon de ses habitudes - sillon qui au fil des années devient de plus en plus profond. Alors, parmi toute une palette d'approches pour remiser au placard mon costume de Madame Parfaite, la méditation m'était apparue comme un chemin vraiment intéressant. Je choisis à dessein l'adjectif "intéressant", car j'ai commencé par porter un intérêt tout intellectuel à la méditation, à coups de livres, conférences, vidéos, discussions... Puis j'ai initié mon chemin de pratique, à petits pas de fourmi - une fourmi travailleuse qui essayait de tout bien faire.

 

Une invitation centrale de la méditation est :

 

"Il n'y a rien à atteindre, rien à réussir"

 

Quelle magnifique promesse ! Enfin, je trouvais un espace où je pouvais déposer mes bagages chargés d'injonctions me poussant à la perfection. Donc, si je méditais bien, j'allais pouvoir enfin me reposer, relâcher la pression, et goûter à une quiétude rare dans la roue du hamster emporté dans sa course folle. Mais je n'aurais droit à ce fruit savoureux que si je méditais bien !... Evidemment, mon ego gardien de ma garde-robe, avec mon costume de Madame Parfaite, m'avait fait une belle entourloupe ! Je devais d'abord accepter de me retrouver toute nue sans mon costume, et le reste suivrait.

 

 

La perfection en méditation, ça donne quoi ?

 

La perfection en méditation - comme partout ailleurs dans nos vies - est une gageure. Malgré de nombreuses recherches, je n'ai jamais trouvé la définition d'une méditation parfaite. La méditation-modèle serait-elle une alliance d'une magnifique posture, d'un esprit sans pensées, d'un coeur tout ouvert, et de plein d'autres critères, tout aussi impossibles à évaluer que ces trois premiers ?

 

Alors, s'il n'y a pas de référence universelle, la perfection pourrait au moins se définir par comparaison avec les autres : tel autre se tient plus droit, et puis l'autre est capable de rester assis immobile en lotus pendant trois heures, et puis encore il y a celui-ci, qui dit qu'il ne pense quasiment à rien quand il pratique. Et moi, pauvre méditante, je me sens toujours débutante, jour après jour, et les années passant.

 

Cela tombe bien, on m'a enseigné qu'il est sage de toujours garder "l'esprit du débutant", cet esprit de découverte, cette curiosité enfantine, et aussi cette acceptation que l'on débute, donc forcément, on ne sait pas "bien faire", et donc ce n'est pas grave. Entretenir cet esprit candide et curieux n'est pas si simple au fil des années de pratique. La curiosité s'émousse, même si chaque instant est fondamentalement différent. Et puis, après avoir des heures de pratique et d'enseignements au compteur, le moteur n'est plus si neuf. Le rodage est terminé, et il devrait savoir mieux tourner ! Le problème, c'est de me sentir débutante, sans garder l'esprit frais et léger du débutant. Revenir aux fondamentaux : pas d'objectif à atteindre, seul le chemin compte, instant après instant.

 

 

Et l'imperfection ?

 

Ah, le chemin... un chemin sinueux, avec ses roses et leurs épines... Encore faut-il s'y engager, et mettre du coeur à l'ouvrage ! Et cela commence par la rigueur de l'entraînement : s'asseoir et ne rien faire. Tout un programme ! Un programme vide de toute action. Et là, le vertige me prend parfois. Et la peur. Mais si je ne fais rien, comment vais-je prouver que je fais bien les choses ? Alors je me dis que ce "non-faire" sert à mieux faire ensuite. Et oui : méditer et agir, méditer puis agir. Et là je me cogne à cette absence de but de la méditation. Aïe, je tourne en rond.

 

Alors, je l'avoue, il y a des jours où je n'ai pas du tout envie de pratiquer. Il y a des jours où mon coussin de méditation n'est plus du tout mon gentil compagnon. Il me nargue, et je le toise. Or, je sais que quand on n'agit pas en cohérence avec nos convictions et désirs, c'est souvent qu'une peur cachée nous en empêche. Dans cette résistance, quelle peur serait donc là, tapie sous mon coussin ? La peur d'être prise en flagrant délit d'imperfection ! Imperfection sur mon coussin de méditation : trop de pensées, d'agitation, de confusion, d'émotions.... Imperfection par rapport au rythme que je m'impose pour "tout faire" dans ma journée. Et oui, c'est mathématique : quand je médite, je ne fais rien ! Imperfection aussi de toutes mes identités : la mère, l'épouse, l'entrepreneuse, l'ardente, l'amie, la fille...

 

Et justement, la pratique m'invite à laisser tomber tous ces oripeaux, à m'en dépouiller, pour rencontrer ce qui se trouve dessous : le vrai visage caché sous les masques. Cesser la frénésie des conquêtes, des réussites, pour se reposer dans un espace de paix intérieure. Mais quand on a l'habitude de s'accrocher qu'il faut bien faire pour être bien, la perspective de s'autoriser à ne pas bien faire, voire à ne rien faire, peut être tout à fait effrayante. Est-ce que je serai bien, si je ne fais rien ?

 

Est-ce que je serai (tout court) ?

 

C'est là que la pratique de l'amour bienveillant prend tout son sens : s'ouvrir, accueillir, aimer. Même mes imperfections. Même ma peur de tomber les masques. Et même cette résistance qui parfois me conduit à réduire mon temps de pratique à peau de chagrin. Et alors, je me souviens que le plus important, c'est la première inspiration en conscience. Puis l'expiration suit, naturellement. Et puis, après avoir offert toute mon attention à ce souffle-ci. Pourquoi pas poursuivre avec le suivant ? Et encore celui-là ?...

 

Anne-Valérie Rocourt

Fondatrice de Méditer & Agir

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