Le pouvoir des poils qui se dressent ou l'effet "awe"

L'observation des dessins tracés sur le vent sur la surface d'un lac, la présence d'un arbre majestueux, le ballet des feuilles d'automne virevoltantes, la musique qui filtre par une fenêtre lors d'une balade nocturne, la beauté d'un paysage époustouflant... et nos poils se dressent. Nous sommes en présence de quelque chose qui nous dépasse, qui touche au sublime. Cette expérience particulière est nommée le awe chez les Anglo-saxons. Et comme il ne semble pas y avoir de terme aussi concis dans notre langue française, partons à l'exploration du awe ! Car un peu plus de awe dans notre quotidien pourrait bien avoir des effets très bénéfiques pour notre bien-être. Et les opportunités fourmillent autour de nous - nul besoin de partir à l'ascension de l'Everest ou de plonger avec des requins !

 

 

Pourquoi chercher le awe ?

 

Le awe est une expérience avant tout physique, presque animale. Elle survient notamment quand nos sens sont éveillés, dans des moments de connexion avec la nature, de relation avec les autres, ou de contemplation d'une oeuvre d'art. La pleine présence face à un paysage ou le sentiment d'une relation de coeur à coeur avec les autres sont propices à susciter cette expérience.

 

Ce ressenti se manifeste lorsque nous vivons une expérience

qui transcende notre compréhension habituelle du monde.

 

C'est le philosophe irlandais Edmund Burke qui, en 1757 (dans "Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau"), a fait sortir ce ressenti de transcendance du champ purement religieux, pour montrer qu'il peut intervenir dans de nombreuses expériences du quotidien. En désacralisant ces instants de reliance avec le divin - ou avec une "autre dimension" - il a permis d'ouvrir les perspectives.

 

Le awe fait aujourd'hui l'objet de plus en plus d'études, aux Etats-Unis notamment. Les chercheurs s'intéressent particulièrement à cette expérience, car ces instants de "dressage de poils" sont étroitement liés à notre niveau de bonheur. Ainsi, les études montrent que plus on vit de tels instants de connexion au sublime, plus on se sent bien ensuite, et durablement.

 

Aussi, plus nous expérimentons ces moments d'émerveillement intense et fugace, plus nous sommes ouverts et créatifs. L'émerveillement instinctif dans cette connexion avec "plus grand que soi" favorise la capacité à s'émerveiller des petites choses du quotidien. Et si ces petites choses ne donnent pas nécessairement la chair de poule, elles contribuent à donner plus de saveur à la vie.

 

Elles embellissent le quotidien, et nourrissent notre joie de vivre.

 

 

Pourquoi le awe nous est-il donné à vivre ?

 

Les recherches montrent qu'il s'agirait de la plus puissante "émotion collective", incitant les hommes à agir pour le bien commun. C'est ainsi que les cérémonies collectives, rituels, bénédictions, danses... avaient une place importante dans les sociétés autrefois. Elles favorisaient cette expérience porteuse d'une énergie et d'un sens d'appartenance au collectif. Du point de vue de l'évolution, il semblerait que cette émotion ait contribué à rassembler des communautés humaines fondées sur l'entraide, favorisant ainsi la survie. Les instants de awe amenuisent l'ego individualiste au profit du collectif, et orientent l'action au service des autres. Outre cet élan vers les autres, le awe suscite souvent de la curiosité pour l'expérience vécue. Il éveille la créativité et a été facteur de progrès au cours de l'évolution.

 

Dans ces moments :

- notre ego tend à disparaître, nous sentons notre appartenance à un ensemble plus vaste, à l'humanité ;

- nous nous sentons plus directement en lien avec nos valeurs fondamentales ;

- un sentiment d'humilité nous envahit, face au sublime qui s'impose.

 

Il s'agit donc d'une rencontre avec une expérience si vaste que notre esprit ne peut pas complètement l'embrasser.

 

Une rencontre qui nous permet de toucher à la beauté de notre humanité.

 

Alors, si nous mettions un peu plus de awe dans nos journées ?

 

 

Comment apprendre le dressage de poils ?

 

Selon les études, nous vivons, en moyenne, deux à trois expériences aussi puissantes par semaine. Il s'agit là d'une moyenne, car s'il existe des champions du awe, d'autres ont oublié cette capacité d'émerveillement intense. L'évolution de notre société éteint le awe à petit feu.

 

L'individualisme, le matérialisme, l'hyper-connexion aux objets... sont autant de tueurs de awe. Il y a peu de chances que vos poils se dressent en regardant vos emails ou en zappant devant la télévision. Ou alors peut-être vont-ils se dresser d'effroi ! Les poils ont besoin de renouer avec la nature et de liens avec les autres pour retrouver leur capacité à réagir au sublime.

Alors, pour vivre davantage de ces expériences qui contribuent à notre bien-être, que faut-il faire ?

 

Il faut commencer par sortir. Prendre le temps de sortir. Même un environnement urbain récèle mille merveilles susceptibles de déclencher cette réaction instinctive : un arbre courageux au milieu du béton, un papillon posé sur une pâquerette dans un square, la lune floutée par une nuit glacée...

 

Cela passe aussi par des relations plus conscientes avec les autres : être là, vraiment là, et observer, écouter. Lâcher pour un temps les jugements, l'ego qui ramène tout à sa propre histoire, et être pleinement présent à ce qui se joue face à nous.

 

La présence est essentielle. La présence et l'attention. On peut passer à côté du awe car on passe à côté des opportunités qui sont là, devant nous. Comme on passe à côté de sa vie. Il s'agit d'ouvrir les portes des cinq sens, pour ressentir cet espace au coeur duquel on se sent parfois dépassé, et pourtant pleinement à notre place.

 

Voir l'invisible. Accueillir le monde et se laisser toucher par lui.

Lui laisser un espace en nous. L'essentiel alors se révèle.

 

Et le awe, cet instant de grâce où quelque chose d'indicible se passe.

 

Alors, soyons ouverts à ces expériences de beauté sublime et de super-connexion avec les autres. Il n'y a pas à aller les chercher. Elles sont là, juste là.

 

Et derrière ces instants fugaces, c'est le bonheur qui prend place.

 

 

Anne-Valérie Rocourt

Fondatrice de Méditer & Agir

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